Monument aux morts de Festubert : Différence entre versions

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==Inauguration==
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Le monument aux morts de [[Festubert]] a été inauguré le dimanche 21 septembre 1924.
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La cérémonié a été rapportée dans le journal ''l'Avenir de Lens'' du dimanche 28 septembre 1924 :
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{{Citation|Le dimanche 21 septembre, la commune de [[Festubert]] inaugurait le monument qu'elle a élevé à ses enfants morts pour la France.
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Dès les premières heures, une grande animation règne dans le village, hier encore amas de ruines, aujourd'hui, presque restauré. Des arcs de triomphe nombreux et variés se dressent de toutes parts redisant en inscriptions diverses le devoir d’honorer ceux qui sont tombés au champ d’honneur.
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Mais, 10 heures approchent. A l'appel de la modeste clochette qui tient lieu de cloche, on se hâte vers l'église provisoire ; les retardataires devront se résigner à rester dehors, tant l'assistance est nombreuse.
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Le conseil municipal au grand complet a pris place dans le chœur. Aux premiers rangs, nous remarquons le groupe compact des anciens combattants de la commune, dont le drapeau avec celui des sapeurs-pompiers (qui sera bénit toute à l'heure par M. l'abbé Chappe), abrité de ses trois couleurs le cénotaphe élevé au milieu de l'église.
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L'évangile terminé, M. le curé rappelle les noms des 60 enfants de [[Festubert]] tombés au champ d’honneur, et après avoir félicité M. le maire et son conseil municipal d'honorer de leur présence ce service solennel dont ils avaient pris l'initiative invite en quelques mots émus ses paroissiens à recueilli quelques-unes unes des leçons que leurs chers défunts leur ont léguées. Les morts sont les conseillers des vivants, ils ont droit de parler ceux qui sont morts pour nous, écoutons les, ils nous prêchent l'amour. ils se sont aimés, sans distinction de classe. Ils n'ont formé dans la boue des tranchées qu'un cœur et qu'une âme à leur exemple, pratiquons l'amour et restons unis.
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A l'issue de la grand messe chantée avec une réelle maestria par la chorale des mines de Noeux qu'accompagne son sympathique curé M. l'abbé Lefebvre, on se rend au monument élevé sur la grand-place pour procéder à la cérémonie liturgique de la bénédiction et entendre la belle allocution de M. l'abbé Chappe, chevalier de la Légion d'honneur, directeur au grand séminaire.
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La cérémonie se termine par l'exécution d'une cantate ''Gloire à nos Morts'', et la dislocation des groupes a lieu au pied du monument.
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A midi, les personnages officiels arrivaient à la mairie, où M. Bertin Vincent, maire, entouré de son conseil, les recevait et leur offrait le vin d'honneur. Un peu plus tard, M. le maire réunissait à sa table pour le déjeuner les mêmes personnages, ses collègues et un certain nombre d’invités.
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A 3 heures, M. [[Louis Couhé|L. Couhé]], député, venu présider la cérémonie d'inauguration avec M. Chonion, secrétaire général de la sous-préfecture de Béthune, fait son entrée dans [[Festubert]]. L'automobile qui le porte avance lentement, et la foule s'écarte respectueusement, tout en manifestant sa vive sympathie à celui qui fut pendant la guerre un courageux aviateur et qui représente actuellement avec tant d'autorité l’arrondissement de Béthune à la Chambre des députés.
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M. [[Louis Couhé|Couhé]] est reçu à la mairie par la municipalité et les autorités présentes. Le groupe des personnages officiels se forme aussitôt et se rend au lieu de rassemblement pour prendre la tête du cortège.
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Il est 4 heures quand le défilé s'ébranle. M. Chonion, secrétaire général de la sous-préfecture et M. le maire de [[Festubert]] ouvrent la marche, suivis de M. [[Louis Couhé|Couhé]], député, accompagné de M. Lugeux, adjoint. Puis MM. [[Achille Larue|Larue]], conseiller général et Beaumont, conseiller d'arrondissement, le conseil municipal, M. l'inspecteur primaire, M. le colonel Goodlad ; M. Génel, maire de [[Locon]] ; M. [[Désiré Sénéchal|Sénéchal]], maire d'[[Annequin]], etc.
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Après le défilé dans toutes les rues du village, les drapeaux vinrent se ranger au pied du monument, cependant que les autorités prenaient place sur l'estrade élevée en face.
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[[Image:Festubert monument morts détail.jpg|center|thumb|300px|Sculpteur de la statue : Charles Ernest Gaudard]]
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'''Discours de M. Vincent, maire de Festubert'''
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Mesdames, Messieurs,
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La commune de Festubert remplit en ce jour un devoir sacré. Elle a voulu honorer dignement ses héros qui ont droit à l’admiration et à la reconnaissance de tous : le souvenir impérissable de nos morts de la guerre va demeurer graver dans la pierre symbolique comme il est gravé dans nos cœurs.
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Soyez remerciés, vous tous qui avez concouru à l’érection de ce monument de fraternelle piété ou qui venez aujourd’hui vous incliner avec nous devant la mémoire de nos soldats tombés au champ d’honneur.
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Qu'il me soit permis de remercier spécialement M. [[Louis Couhé|Couhé]], notre député qui vaillant soldat pendant la guerre se dévoue durant la paix, pour la chose publique ; M. [[Achille Larue|Larue]], l'actif conseiller général de notre canton ; M. Beaumont, conseiller d'arrondissement ; M. l'inspecteur primaire et M. Chonion qui pourra porter à M. le sous-préfet l'hommage du respect et de la gratitude de tous mes concitoyens. Je remercie nos dévoués alliés qui sont venus nous apporter leur marque de sympathie toujours vivante.
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Je remercie et félicite toutes les sociétés qui répondant à notre invitation ont senti revivre la camaraderie d’hier pour associer en une même solidarité la gloire des héros disparus et l’union de leurs survivants. L’idéal des soldats d’hier et le devoir des français d’aujourd’hui se correspondent.
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Hier c’était la patrie à défendre et ceux que nous honorons en ce jour ont tout fait pour s’acquitter de leur noble mission, ne regardant ni les dangers, ni les fatigues ; voyant sereinement la mort en face, ils firent le sacrifice de leur vie pour que vive la France. Peut-on plus grand amour que de donner sa vie dans la claire vision de la céleste récompense que Dieu réserve à ses élus.
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Mais la France pouvait leur demander ce sublime courage, car elle défendait avec son existence, la civilisation du monde contre le barbare.
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Ce monument, chef-d’œuvre dont nous admirons la beauté, rappellera toutes ces luttes, toutes ces souffrances, toutes ces agonies qui ont réalisé la revanche de 70, la délivrance du pays et la grande victoire.
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C’est ici que viendrons les épouses, les mères, frères ou sœurs, redire des noms très chers, et mêler dans la même pensée, le souvenir qui console et la prière qui réconforte. C’est ici que viendront les enfants de la commune, puiser des exemples de vaillance et d’amour de la France ; c’est ici enfin que tous nous viendrons pour chercher la leçon que nous donnent les morts ; leur grande voix monte jusqu'à nous : ils veulent des français unis dans la justice et la fraternité ; fort dans la paix et le travail ; ils veulent une France heureuse et prospère dans le monde ; une France comme ils ont voulu la faire.
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Reportons-nous dix années en arrière, septembre 1914 : déjà la grande patrie avait ressenti le premier choc de l’agresseur ; son sol était foulé, la Marne nous avait apparu comme une grande lueur et l’espérance victorieuse exaltait la nation toute entière ; nos soldats étaient là et leur sacrifice semait sous le sol de France les germes de la victoire. Encore fallait-il que ce sol prêtât un abri à ces armées sans nombre qui formaient un rempart vivant aux engins meurtriers ; et notre village fut choisi comme tant d’autres pour abriter cette barrière durant 4 ans ; redoutable servitude qui lui valut sa destruction complète.
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Mais telle était l'amour du sol natal que nos concitoyens ont accompli l'effort qui nous a permis de refaire la cité et nous pouvons aujourd'hui célébrer la renaissance de Festubert : maisons, fermes, école, mairie, église sont restaurés.
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Continuons Mesdames, Messieurs, à travailler dans la concorde, et notre petite patrie aura dans la paix comme dans la guerre, bien mérité de la grande patrie dont elle partagera les belles destinées.
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M. [[Louis Couhé|Couhé]], député, s'avança à la barre et prononça un magnifique discours, dans lequel il fit passer son âme de soldat, et dont chaque phrase faisait palpiter les cœurs d’une patriotique émotion.
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[[Image:Festubert monument morts atelier vaires.jpg|center|thumb|400px|La statue à la sortie des ateliers Gaudard (1924)]]
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'''Discours de M. Couhé, député'''
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Mes chers amis,
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La cérémonie de ce jour n’est pas une fête de plaisir ; elle n’a d’autre but de glorifier les soldats morts au champ d’honneur et c’est une occasion de parler d’eux, de rappeler leur héroïsme et de chercher dans les exemples qu’ils nous ont laissés à dégager notre tâche d’aujourd’hui.
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Oui, mes amis, on a raison de multiplier les fêtes en leur honneur, de vivre dans leur souvenir, d’apprendre à nos enfants à vénérer leurs mémoires : en un mot de ne pas se lasser de leur redire notre éternelle reconnaissance.
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Nous voulons que le culte que nous leur avons voué leur survive, que toutes les générations qui se lèveront après nous le continuent et apprennent en passant devant les monuments que nous élevons partout, les grandes vertus françaises qui nous ont encore une fois sauvés de la servitude.
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En agissant ainsi nous accomplissons un devoir sacré, car nos morts ont des droits sur nous et, en gens d’honneur, nous tenons d’acquitter toute notre dette à leur égard.
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Ils ont des droits sur nous car ils ont effacé cette triste marque de vaincus, qui, malgré nous, depuis 50 ans, humiliait nos fronts ; grâce à eux, nos enfants grandiront dans une atmosphère de gloire où leurs âmes s’épanouiront et où leurs qualités se développeront.
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Ils ont des droits sur nous, car sans eux nous n’aurions pas retrouvé ce sol que nous aimons ; même dévasté, labouré par les obus, réduit en un lamentable chaos, vous l’avez préféré à toute autre région de France où cependant la vie vous eûtes été plus facile.
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Oui, vous avez préféré souffrir, lutter chez vous ; ceux dont les noms sont gravés sur cette pierre savaient d’ailleurs que vous ne pourriez être heureux ailleurs, aussi ont-ils donné leur vie pour que ce bonheur vous soit assuré.
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Ils ont des droits sur nous, parce qu’en mourant ils ont offert leur sacrifice pour la France et nous-mêmes. La pensée qui les a soutenus dans les tranchées, dans les assauts et jusqu’au moment suprême, c’était la pensée qu’ils nous sauvaient, qu’ils sauvaient les petits enfants laissés au village et tous ceux qui viendraient par la suite. C’est enfin la pensée que grâce à eux la France serait grande et respectée de toutes les nations.
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La grandeur de la France, voilà la principale obligation qu’ils nous ont laissée en échange de leur sacrifice.
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Ecoutez-vous tous qui les avez aimés, qui les avez vu partir ou les avez vu tomber, écoutez et dites-moi si j’interprète mal leur dernière volonté, quand de leur part je viens vous dire ceci : je donne généreusement toute ma jeunesse, tous mes espoirs d’avenir, toutes mes affections, toute ma vie, mais en échange il faut que vous fassiez vivre la France, la France ennoblie par la victoire, mais meurtrie, la France que nous avons débarrassée de ses plus mortels ennemis, mais que nous avons laissée néanmoins dans d’immenses difficultés.
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Pour les vaincre comme nous avons vaincu l’ennemi, il faut faire comme nous, et à notre exemple, vouloir l’intérêt du pays avant l’intérêt personnel ; se dévouer, se donner sans compter à la cause commune et faire taire toutes les voix égoïstes qui tentent de se lever en vous. L’heure du repos n’a pas sonné ; après nous, en union avec nous, suivez le dur sillon que nous avons tracé et achevez notre œuvre dans le même esprit de sacrifice et de patriotisme.
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Mes amis, vous avez déjà entendu cet appel et vous avez su y répondre. Vous avez relevé vos ruines avec une énergie qui n’est pas assez connue de la France et du monde, mais qui est digne de celle de nos morts et qui fait l’admiration de tous ceux qui vous voient à l’œuvre.
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Vous êtes sorti du chaos et vous avez pu surmonter d’immenses difficultés parce que vous avez fait taire les discussions mesquines et oublier les rancunes personnelles au-dessus desquelles il y a la nouvelle œuvre commune, toute de patriotique reconnaissance envers ceux qui sont tombés, de résolution et de réconfortante foi en l’avenir.
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Quand a sonné l’heure de l’épreuve, toute distinction a disparu et il n’est plus resté que des français, ne l’oubliez pas mes amis, et surtout ne vous laissez plus entraîner aux disputes d’autrefois. le danger reste à notre porte ; il est plus que jamais nécessaire d’entretenir cette belle et inébranlable unité, de la renforcer même, afin de donner ceux qui ont la lourde tâche de conduire notre pays vers de menaçants horizons, une sereine confiance dans nos destinées.
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La cérémonie se termina par la cantate France ! France ! et l’exécution de la Marseillaise. A l’issue de la cérémonie, il y eut de nombreuse visite au monument et maints bouquets de fleurs furent pieusement déposés sur le tertre.
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Ce monument est dû à un artiste parisien avec le concours de M. Vayssière, architecte. C'est une belle œuvre et très émouvante dans sa simplicité. L'embasement est formé d’un tumulus sur lequel se dresse une statue de femme dont les traits sont empreints d'une douleur poignante. Ses deux mains s'appuient sur deux pierres où sont gravés les noms des martyrs de la patrie. }}
  
 
== Liste des noms inscrits==
 
== Liste des noms inscrits==

Version du 6 mars 2019 à 10:54

Monument aux morts de Festubert
Festubert monument morts.jpg
Localisation Festubert
Conflits commémorés 1914-1918
Sculpteur Charles Ernest Gaudard (Vaires-sur-Marne)
Épitaphe Festubert
à ses fils morts pour la France
Aux héros britanniques tombés
pour la défense du Droit et de la Liberté

Inauguration

Le monument aux morts de Festubert a été inauguré le dimanche 21 septembre 1924.

La cérémonié a été rapportée dans le journal l'Avenir de Lens du dimanche 28 septembre 1924 :

« Le dimanche 21 septembre, la commune de Festubert inaugurait le monument qu'elle a élevé à ses enfants morts pour la France. Dès les premières heures, une grande animation règne dans le village, hier encore amas de ruines, aujourd'hui, presque restauré. Des arcs de triomphe nombreux et variés se dressent de toutes parts redisant en inscriptions diverses le devoir d’honorer ceux qui sont tombés au champ d’honneur. Mais, 10 heures approchent. A l'appel de la modeste clochette qui tient lieu de cloche, on se hâte vers l'église provisoire ; les retardataires devront se résigner à rester dehors, tant l'assistance est nombreuse.

Le conseil municipal au grand complet a pris place dans le chœur. Aux premiers rangs, nous remarquons le groupe compact des anciens combattants de la commune, dont le drapeau avec celui des sapeurs-pompiers (qui sera bénit toute à l'heure par M. l'abbé Chappe), abrité de ses trois couleurs le cénotaphe élevé au milieu de l'église.

L'évangile terminé, M. le curé rappelle les noms des 60 enfants de Festubert tombés au champ d’honneur, et après avoir félicité M. le maire et son conseil municipal d'honorer de leur présence ce service solennel dont ils avaient pris l'initiative invite en quelques mots émus ses paroissiens à recueilli quelques-unes unes des leçons que leurs chers défunts leur ont léguées. Les morts sont les conseillers des vivants, ils ont droit de parler ceux qui sont morts pour nous, écoutons les, ils nous prêchent l'amour. ils se sont aimés, sans distinction de classe. Ils n'ont formé dans la boue des tranchées qu'un cœur et qu'une âme à leur exemple, pratiquons l'amour et restons unis.

A l'issue de la grand messe chantée avec une réelle maestria par la chorale des mines de Noeux qu'accompagne son sympathique curé M. l'abbé Lefebvre, on se rend au monument élevé sur la grand-place pour procéder à la cérémonie liturgique de la bénédiction et entendre la belle allocution de M. l'abbé Chappe, chevalier de la Légion d'honneur, directeur au grand séminaire.

La cérémonie se termine par l'exécution d'une cantate Gloire à nos Morts, et la dislocation des groupes a lieu au pied du monument. A midi, les personnages officiels arrivaient à la mairie, où M. Bertin Vincent, maire, entouré de son conseil, les recevait et leur offrait le vin d'honneur. Un peu plus tard, M. le maire réunissait à sa table pour le déjeuner les mêmes personnages, ses collègues et un certain nombre d’invités. A 3 heures, M. L. Couhé, député, venu présider la cérémonie d'inauguration avec M. Chonion, secrétaire général de la sous-préfecture de Béthune, fait son entrée dans Festubert. L'automobile qui le porte avance lentement, et la foule s'écarte respectueusement, tout en manifestant sa vive sympathie à celui qui fut pendant la guerre un courageux aviateur et qui représente actuellement avec tant d'autorité l’arrondissement de Béthune à la Chambre des députés.

M. Couhé est reçu à la mairie par la municipalité et les autorités présentes. Le groupe des personnages officiels se forme aussitôt et se rend au lieu de rassemblement pour prendre la tête du cortège.

Il est 4 heures quand le défilé s'ébranle. M. Chonion, secrétaire général de la sous-préfecture et M. le maire de Festubert ouvrent la marche, suivis de M. Couhé, député, accompagné de M. Lugeux, adjoint. Puis MM. Larue, conseiller général et Beaumont, conseiller d'arrondissement, le conseil municipal, M. l'inspecteur primaire, M. le colonel Goodlad ; M. Génel, maire de Locon ; M. Sénéchal, maire d'Annequin, etc. Après le défilé dans toutes les rues du village, les drapeaux vinrent se ranger au pied du monument, cependant que les autorités prenaient place sur l'estrade élevée en face.

Sculpteur de la statue : Charles Ernest Gaudard

Discours de M. Vincent, maire de Festubert

Mesdames, Messieurs,

La commune de Festubert remplit en ce jour un devoir sacré. Elle a voulu honorer dignement ses héros qui ont droit à l’admiration et à la reconnaissance de tous : le souvenir impérissable de nos morts de la guerre va demeurer graver dans la pierre symbolique comme il est gravé dans nos cœurs.

Soyez remerciés, vous tous qui avez concouru à l’érection de ce monument de fraternelle piété ou qui venez aujourd’hui vous incliner avec nous devant la mémoire de nos soldats tombés au champ d’honneur.

Qu'il me soit permis de remercier spécialement M. Couhé, notre député qui vaillant soldat pendant la guerre se dévoue durant la paix, pour la chose publique ; M. Larue, l'actif conseiller général de notre canton ; M. Beaumont, conseiller d'arrondissement ; M. l'inspecteur primaire et M. Chonion qui pourra porter à M. le sous-préfet l'hommage du respect et de la gratitude de tous mes concitoyens. Je remercie nos dévoués alliés qui sont venus nous apporter leur marque de sympathie toujours vivante.

Je remercie et félicite toutes les sociétés qui répondant à notre invitation ont senti revivre la camaraderie d’hier pour associer en une même solidarité la gloire des héros disparus et l’union de leurs survivants. L’idéal des soldats d’hier et le devoir des français d’aujourd’hui se correspondent.

Hier c’était la patrie à défendre et ceux que nous honorons en ce jour ont tout fait pour s’acquitter de leur noble mission, ne regardant ni les dangers, ni les fatigues ; voyant sereinement la mort en face, ils firent le sacrifice de leur vie pour que vive la France. Peut-on plus grand amour que de donner sa vie dans la claire vision de la céleste récompense que Dieu réserve à ses élus.

Mais la France pouvait leur demander ce sublime courage, car elle défendait avec son existence, la civilisation du monde contre le barbare. Ce monument, chef-d’œuvre dont nous admirons la beauté, rappellera toutes ces luttes, toutes ces souffrances, toutes ces agonies qui ont réalisé la revanche de 70, la délivrance du pays et la grande victoire.

C’est ici que viendrons les épouses, les mères, frères ou sœurs, redire des noms très chers, et mêler dans la même pensée, le souvenir qui console et la prière qui réconforte. C’est ici que viendront les enfants de la commune, puiser des exemples de vaillance et d’amour de la France ; c’est ici enfin que tous nous viendrons pour chercher la leçon que nous donnent les morts ; leur grande voix monte jusqu'à nous : ils veulent des français unis dans la justice et la fraternité ; fort dans la paix et le travail ; ils veulent une France heureuse et prospère dans le monde ; une France comme ils ont voulu la faire.

Reportons-nous dix années en arrière, septembre 1914 : déjà la grande patrie avait ressenti le premier choc de l’agresseur ; son sol était foulé, la Marne nous avait apparu comme une grande lueur et l’espérance victorieuse exaltait la nation toute entière ; nos soldats étaient là et leur sacrifice semait sous le sol de France les germes de la victoire. Encore fallait-il que ce sol prêtât un abri à ces armées sans nombre qui formaient un rempart vivant aux engins meurtriers ; et notre village fut choisi comme tant d’autres pour abriter cette barrière durant 4 ans ; redoutable servitude qui lui valut sa destruction complète.

Mais telle était l'amour du sol natal que nos concitoyens ont accompli l'effort qui nous a permis de refaire la cité et nous pouvons aujourd'hui célébrer la renaissance de Festubert : maisons, fermes, école, mairie, église sont restaurés.

Continuons Mesdames, Messieurs, à travailler dans la concorde, et notre petite patrie aura dans la paix comme dans la guerre, bien mérité de la grande patrie dont elle partagera les belles destinées.

M. Couhé, député, s'avança à la barre et prononça un magnifique discours, dans lequel il fit passer son âme de soldat, et dont chaque phrase faisait palpiter les cœurs d’une patriotique émotion.

La statue à la sortie des ateliers Gaudard (1924)

Discours de M. Couhé, député

Mes chers amis,

La cérémonie de ce jour n’est pas une fête de plaisir ; elle n’a d’autre but de glorifier les soldats morts au champ d’honneur et c’est une occasion de parler d’eux, de rappeler leur héroïsme et de chercher dans les exemples qu’ils nous ont laissés à dégager notre tâche d’aujourd’hui. Oui, mes amis, on a raison de multiplier les fêtes en leur honneur, de vivre dans leur souvenir, d’apprendre à nos enfants à vénérer leurs mémoires : en un mot de ne pas se lasser de leur redire notre éternelle reconnaissance.

Nous voulons que le culte que nous leur avons voué leur survive, que toutes les générations qui se lèveront après nous le continuent et apprennent en passant devant les monuments que nous élevons partout, les grandes vertus françaises qui nous ont encore une fois sauvés de la servitude. En agissant ainsi nous accomplissons un devoir sacré, car nos morts ont des droits sur nous et, en gens d’honneur, nous tenons d’acquitter toute notre dette à leur égard.

Ils ont des droits sur nous car ils ont effacé cette triste marque de vaincus, qui, malgré nous, depuis 50 ans, humiliait nos fronts ; grâce à eux, nos enfants grandiront dans une atmosphère de gloire où leurs âmes s’épanouiront et où leurs qualités se développeront.

Ils ont des droits sur nous, car sans eux nous n’aurions pas retrouvé ce sol que nous aimons ; même dévasté, labouré par les obus, réduit en un lamentable chaos, vous l’avez préféré à toute autre région de France où cependant la vie vous eûtes été plus facile.

Oui, vous avez préféré souffrir, lutter chez vous ; ceux dont les noms sont gravés sur cette pierre savaient d’ailleurs que vous ne pourriez être heureux ailleurs, aussi ont-ils donné leur vie pour que ce bonheur vous soit assuré.

Ils ont des droits sur nous, parce qu’en mourant ils ont offert leur sacrifice pour la France et nous-mêmes. La pensée qui les a soutenus dans les tranchées, dans les assauts et jusqu’au moment suprême, c’était la pensée qu’ils nous sauvaient, qu’ils sauvaient les petits enfants laissés au village et tous ceux qui viendraient par la suite. C’est enfin la pensée que grâce à eux la France serait grande et respectée de toutes les nations. La grandeur de la France, voilà la principale obligation qu’ils nous ont laissée en échange de leur sacrifice.

Ecoutez-vous tous qui les avez aimés, qui les avez vu partir ou les avez vu tomber, écoutez et dites-moi si j’interprète mal leur dernière volonté, quand de leur part je viens vous dire ceci : je donne généreusement toute ma jeunesse, tous mes espoirs d’avenir, toutes mes affections, toute ma vie, mais en échange il faut que vous fassiez vivre la France, la France ennoblie par la victoire, mais meurtrie, la France que nous avons débarrassée de ses plus mortels ennemis, mais que nous avons laissée néanmoins dans d’immenses difficultés.

Pour les vaincre comme nous avons vaincu l’ennemi, il faut faire comme nous, et à notre exemple, vouloir l’intérêt du pays avant l’intérêt personnel ; se dévouer, se donner sans compter à la cause commune et faire taire toutes les voix égoïstes qui tentent de se lever en vous. L’heure du repos n’a pas sonné ; après nous, en union avec nous, suivez le dur sillon que nous avons tracé et achevez notre œuvre dans le même esprit de sacrifice et de patriotisme.

Mes amis, vous avez déjà entendu cet appel et vous avez su y répondre. Vous avez relevé vos ruines avec une énergie qui n’est pas assez connue de la France et du monde, mais qui est digne de celle de nos morts et qui fait l’admiration de tous ceux qui vous voient à l’œuvre. Vous êtes sorti du chaos et vous avez pu surmonter d’immenses difficultés parce que vous avez fait taire les discussions mesquines et oublier les rancunes personnelles au-dessus desquelles il y a la nouvelle œuvre commune, toute de patriotique reconnaissance envers ceux qui sont tombés, de résolution et de réconfortante foi en l’avenir.

Quand a sonné l’heure de l’épreuve, toute distinction a disparu et il n’est plus resté que des français, ne l’oubliez pas mes amis, et surtout ne vous laissez plus entraîner aux disputes d’autrefois. le danger reste à notre porte ; il est plus que jamais nécessaire d’entretenir cette belle et inébranlable unité, de la renforcer même, afin de donner ceux qui ont la lourde tâche de conduire notre pays vers de menaçants horizons, une sereine confiance dans nos destinées.

La cérémonie se termina par la cantate France ! France ! et l’exécution de la Marseillaise. A l’issue de la cérémonie, il y eut de nombreuse visite au monument et maints bouquets de fleurs furent pieusement déposés sur le tertre.

Ce monument est dû à un artiste parisien avec le concours de M. Vayssière, architecte. C'est une belle œuvre et très émouvante dans sa simplicité. L'embasement est formé d’un tumulus sur lequel se dresse une statue de femme dont les traits sont empreints d'une douleur poignante. Ses deux mains s'appuient sur deux pierres où sont gravés les noms des martyrs de la patrie.  »

Liste des noms inscrits

Charles Charlet Alfred Targie (1886-1916)
Georges Ledée Christian Ternaux (1896-1914)
Augustin Hochart Christian Vandelanotte (1895-1916)
Julien Hochart (1881-1915) Michel Vandelanotte (1894-1916)
Delphin Bacquart (1892-1916) Adolphe Vaze (1894-1915)
Adolphe Bain (1894-1916) Léon Dubois (1881-1915)
Dominique Bécu (1892-1914) Charles Duplouich (1889-1915)
Alfred Bitebière (1888-1915) Jean-Baptiste François (1894-1915)
Jean-Baptiste Bouquet (1895-1916) Édouard François (1879-1914)
Louis Bouquet (1898-1918) Élie Gallo (1892-1916)
Valentin Catelain (1894-1914) Georges Gribovalle (1896-1915)
Guillaume Cattiau (1889-1918) Désiré Gribovalle (1890-1916)
Louis Cattiau (1890-1914) Jean-Baptiste Houlette (1894-1915)
Anacharsis Copin (1886-1918) Paul Hu (1889-1915)
Émile Delebarre (1884-1915) Désiré Jacquin (1887-1915)
Germain Deroubaix (1885-1918) Florimond Lachery (1889-1915)
François Didier (1888-1914) Désiré Lannoye (1870-1917)
Jean-Baptiste Michez (1896-1916) Henri Lannoye (1879-1917)
François Monniez (1892-1916) François Laurent (1892-1916)
Adrien Mortreux (1895-1915) Louis Lefebvre (1894-1916)
Henri Mortreux (1894-1918) Justin Leroy (1893-1917)
Édouard Riquet (1895-1916) Gilbert Lhermitte (1892-1914)
Cyr Robiquet (1888-1915) Amédée Lhermitte (1896-1916)
Clovis Salomé (1892-1914) Désiré Loison (1893-1918)


Sources

Lien externe