Racquinghem

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Racquinghem
Administration
Arrondissement de Saint-Omer
Canton Canton de Fruges
Ancien canton Ancien canton d'Aire-sur-la-Lys
Code Insee 62684
Code postal 62120
Intercommunalité Communauté de communes du Pays d'Aire
Statistiques
Population 2 319   hab.
Superficie 5,32 km2 
Densité 436  hab. par km2 
Autres
Site web Site officiel


Territoire

Toponymie

  • Au-delà du canal, le Bambec, le Bas Champ, le Bas du Village, le Beaumont, la Becque-Jedon, la Becque-Toursel, la Belle-Croix, les Bruyères, le Champ d’en Bas, le Champ de Coubronne, le Choquel, la Cloche-Borne, la Cressonnière, la Pierre, le Pont-d’Asquin, le Pré du Camp, les Tuileries, le Village.

Géographie

Racquinghem est une commune du Bas-Pays, à la limite du département du Pas-de-Calais, entre Aire-sur-la-Lys et Saint-Omer. Son territoire est modeste (540 hectares) et la faiblesse générale de l’altitude (entre 68 et 22m ) n’exclut pas la variété d’un relief, marqué par une histoire tectonique et géologique complexe.

Le site de Racquinghem se loge dans le sillon de Neufossé, qui sépare les plateaux crayeux de l’Artois de la Flandre continentale, plus argileuse et forme un passage naturel entre la plaine de la Lys et la cuvette de l’Audomarois.

Aussi peut-on distinguer sur le territoire même de la commune trois types de paysages. Au sud-ouest la vallée de la Melde en marque la limite ; elle est dominée un alignement de collines sableuses (les Bruyères). Des Bruyères, le territoire s’abaisse en pente douce vers la dépression, pente couverte de limons pléistocènes, tandis que le talweg de Neufossé a reçu des alluvions modernes.

Orienté plutôt vers la Flandre, le bas pays racquinghémois est un pays sous le vent qui bénéficie d’un climat nettement moins humide que les proches plateaux du Haut-Pays.

Histoire

Les origines

Racquinghem avant l'an mil

Les traces les plus anciennes d’occupation humaine concernant le territoire de Racquinghem remontent à l’époque gallo-romaine. Le territoire fait alors partie de la cité des Morins, conquise par Jules le César en 56-55 av. J.‑C., à proximité de la cité des Ménapiens dont la capitale est Cassel. La voie de Thérouanne à Cassel le borde, genèse de la future limite communale vers le nord-ouest.

Deux sites gallo-romains ont été découverts sur le territoire de la commune, et un autre, au hameau de la Vallée (commune de Roquetoire), à cinquante mètres de la limite communale. Les traces de cadastrations antiques s’y révèlent peut-être.

Au IIIe siècle, la Morinie connaît les invasions franques et subit donc de plein fouet la crise qui frappe alors l’empire dans son ensemble. Au IVe siècle, l’espace racquinghemois reste rattaché à la Civitas Morinorum, dont s’est détachée la partie occidentale (Civitas Bononiensium), dans la restructuration administrative de l’époque.

Les invasions du Ve siècle ont d’importantes conséquences. L’empire romain s’écroule et la cité des Morins, appelée à partir du VIIe siècle pagus terwanensis, est intégrée dans le royaume des Francs et plus particulièrement de la Neustrie. L’événement majeur est constitué par la germanisation en profondeur du nord de l’antique cité, jusqu’à la reconquête romane des IXe-Xe siècles. Racquinghem gagne pendant cette période sa désignation, autour d’un domaine possédé par une famille franque, celle d’un certain Rako, d’autres lieux du terroir ont pu alors recevoir leur désignation comme Coubronne.

Peu de traces archéologiques pour cette période, même si ont peut proposer quelques hypothèses quant à la formation du terroir, où semblent s’opposer l’ager et le saltus, autour de l’axe qui deviendra la grande route d’Aire à Saint-Omer. Un site carolingien des VIIIe-IXe siècle a néanmoins été découvert près de la Belle Croix.

Vers l’an mil, l’espace racquinghémois est sans doute constitué dans ses grandes lignes. Il fait partie alors du pagus terwanensis, comté carolingien intégré dans le comté de Flandre au Xe siècle, vaste construction politique réalisée par Arnoul le Grand (918-964).

Les origines féodales

Après la mort d’Arnoul le Grand (964), la principauté flamande entre dans une longue période de crise qui transforme profondément le paysage politique du nord du royaume. Se forment alors les comtés qui constitueront l’architecture politico-administrative de la région jusqu’à la Révolution. Le nord du pagus terwanensis, rattaché au domaine flamand, avant 1030, forment les deux châtellenies d'Aire et de Saint-Omer et c’est de cette dernière que relève la terre de Racquinghem. Au milieu du XIe siècle est creusé le neuf fossé, qui va marquer pour des siècles la frontière matérielle avec la Flandre.

Dans le cadre de la châtellenie de Saint-Omer, se développent le système féodo-vassalique. Aucune lueur pour Racquinghem avant le XIIIe siècle, et même pour cette période, la documentation reste lacunaire. L’espace racquinghémois dépend alors de deux seigneuries, celle de Rebecques, tenue par la puissante famille des Lens, et celle de Wardrecques. Le sire de Lescorre, vassal de Rebecques, joue un rôle essentiel. Au gré des donations et transactions envers les abbayes locales, apparaissent quelques familles plus localement implantées : les Plouy, les Aire, sires d’Heuchin, les Aubert, et même une famille de Racquinghem, vassaux en apparence modestes qui ne persistent d’ailleurs pas dans le village. Ces familles ont pu construire des maisons fortes, telles celles qui prendront les noms de la Cressonnière et Coubronne.

Au début du XIIIe siècle, la châtellenie de Saint-Omer est rattachée au domaine royale, puis à l’apanage d’Artois en 1237. Elle suit alors le destin politique de ce grand comté, sous la domination des comtes d’Artois, devenus, après 1384, ducs de Bourgogne.

Au XVe siècle, la situation féodo-vassalique racquinghémoise s’éclaire quelque peu. Les fieffés de Racquinghem sont nombreux et parmi eux l’on rencontre bourgeois de Saint-Omer et de Thérouanne (Maes, Griette, le Noir, Bourguignon), à côté de l’aristocratie locale (Nédonchel, Quiéret, Wissocq, Croix, etc..), mais la famille importante du village est celle de Coubronne, installée dans sa maison forte qui jouxte le neuf fossé et maîtresse de nombreux fiefs (la Motte, Heuchin, etc..). Ces fiefs et seigneuries dépendent toujours des seigneuries de Rebecques, Wardrecques et Lescorre…

Ajoutons que depuis le XIVe siècle, Racquinghem connaît plusieurs épisodes guerriers, toujours dommageables. Citons les incursions flamandes périodiques et surtout la chevauchée anglaise de 1380 qui dévaste le village. L’ère bourguignonne (1384-1477) est plutôt marquée par la paix.

Le sceau de la chrétienté

La Morinie a été évangélisée à partir du VIIe siècle, quand saint Omer instaure un évêché à Thérouanne. La christianisation se fait en profondeur et peu à peu se constitue un réseau de paroisses, encadrées, à compter du XIe siècle, par des doyennés. La paroisse de Racquinghem se trouvera de ce fait intégrée dans le doyenné d’Arques.

L’église primitive de Racquinghem, dit-on, est une construction du XIe siècle et les fonts baptismaux romans témoignent de son ancienneté. Quelques noms de prêtres apparaissent à partir de 1215, mais notre série reste des plus lacunaires … jusqu’en 1529. L’évêque de Thérouanne garde quand même la mainmise sur la paroisse et sans doute une partie de ses revenus, après un conflit avec Baudouin d’Aire, sire d’Heuchin, qui lui contestait ce droit.

Ce qui marque aussi l’emprise de l’Église, c’est la puissance foncière des établissements religieux proches sur le territoire de la paroisse. L ‘abbaye prémontrée de Saint-Augustin les Thérouanne, fondée en 1131, celle des Cisterciennes de Sainte-Colombe de Blendecques, érigée à la fin du XIIe siècle, récupère la majeure partie des dîmes dont se défait à leur profit la féodalité locale dans la première moitié du XIIIe siècle, non sans conflits parfois. Des laïcs ont cependant pu se préserver quelques parts de dîme.

Ces établissements bénéficient éventuellement d’aumônes ou leur puissance financière leur permet d’acquérir rentes et terres : tel est le cas de Sainte-Colombe, déjà citée, des Chartreux de Longuenesse, servis par la générosité des Sainte-Aldegonde de Saint-Omer, possessionnés dans le village au XIVe siècle et de la collégiale de Saint-Pierre d'Aire au XIIIe siècle (rente d'Eustache du Plouy).

La terre et les hommes

C’est entre le XIe et le XVe siècles que se fixe et s’organise l’essentiel du paysage racquinghémois, tel qu’il a perduré jusqu’aux grandes mutations de cette dernière génération. Tout d’abord, dans ses limites et dans sa limite essentielle, c’est-à-dire le neuf fossé, creusé au milieu du XIe siècle. L’antique voie romaine de Thérouanne à Cassel, la Melde bornent « naturellement » le terroir, mais au sud-est, vers Blaringhem et Roquetoire, la limite est plus artificielle.

Dans ce terroir, le réseau de chemins est assurément en place à la fin du Moyen-Age : il s’articule autour du grand chemin d’Aire à Saint-Omer, postérieur au cœur du village, vers lequel convergent les autres chemins.

Les beaux siècles du Moyen-Age (XIe-XIIIe) sont des siècles de croissance démographique et agricole. L’augmentation de la population implique la mise en place d’un habitat intercalaire, la croissance agricole exige des défrichements. C’est sans doute à ce moment qu’apparaissent les hameaux, tels Belle-Croix (autrefois la Cauchie Regnault d’époque carolingienne), la Pierre, Beaumont, le Choquel, lié à la mise en valeur des terres alluviales du Neufossé.

Autour du village et de ses hameaux qui concentrent l’habitat et les manoirs (jardins et vergers) clos de haies, s’étendent les champs, les cultures qui fournissent alors les céréales panifiables et l’avoine. Les plus vieux documents en notre possession citent des redevances en orge, en avoine, signe de leur culture sur le terroir. La mise en valeur des terres du bas a sans doute exigé leur drainage que rappelle le réseau des becques actuelles. Le sud est du grand est également mis en culture, tout en laissant la place, sur les terres les plus ingrates des Bruyères, à des communes. Seul le fond de la vallée de la Melde supporte quelques prés, propices à l’élevage.

L’achèvement du terroir racquinghémois se remarque à travers la désignation de ses différents cantons et des chemins. Aux XIVe et XVe siècle, elle est largement acquise et saura perdurer jusqu’à nos jours.

On devine à travers cette mise en valeur le travail obscur de paysans, d’une population qui nous reste largement inconnue. Les documents ne nous livrent que les noms des personnages importants ou de ceux qui, au XIVe et XVe siècle, ont défrayé la chronique « judiciaire ». La fin du XVe siècle nous révèle quelques noms de propriétaires, dont déjà des bourgeois de Saint-Omer, signe d’une mainmise urbaine précoce.

A la frontière de l'Artois (1477-1710)

Siècles de fer (1477-1710)

La mort du dernier duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, survenue en 1477, ouvre pour les provinces du nord de la France en général et pour l’Artois en particulier, une longue période où la guerre sévit à l’état endémique. Racquinghem trouve dans un triangle formé par trois villes d’importance majeure, Saint-Omer, Aire-sur-la-Lys et Thérouanne (jusqu’en 1553) qui font l’objet de sièges multiples, de passages de troupes, amies ou ennemies, toujours dommageables aux habitants des plats pays. Ajoutons à cela les épidémies qui viennent de temps à autre décimer les populations, les disettes et le tableau des calamités de ces siècles de fer sera presque complet.

Le nord de l’Artois, et l’Artois tout entier, après le traité de Senlis de 1493, passe dans l’héritage des Habsbourg d’Autriche, puis d’Espagne, dans le cadre des dix-sept provinces des Pays-Bas. Cependant, Thérouanne et sa régale restent au roi de France. Aussi la guerre revient périodiquement jusqu’en 1559 et les campagnes militaires affectent particulièrement les châtellenies de Saint-Omer et d’Aire entre 1477 et 1492, en 1513, en 1551-1525, en 1536-1537, en 1542-1544, en 1552-1559.

Un répit de trois générations est apporté par la paix de Câteau-Cambrésis, troublé cependant par un épisode des luttes religieuses entre 1566 et 1577 et l’entreprise française vers Saint-Omer en 1594-1595.Suit une longue période de paix sous le règne heureux des Archiducs Albert et Isabelle.

La guerre revient, terrible, à partir de 1636, quand les Français entreprennent de reconquérir l’Artois. Les sièges de Saint-Omer (1638) et d’Aire-sur-la-Lys (1641), l’épisode de 1657 amènent les armées dans la région. La paix des Pyrénées, signée en 1659, laisse le bailliage de Saint-Omer dans un Artois réservé au roi d’Espagne.

Il faut attendre la guerre de Hollande et la conquête par les troupes de Louis XIV de Saint-Omer et d’Aire-sur-la-Lys (1676-1677) pour que Racquinghem soit rattaché définitivement à la France, en dépit des épisodes sanglants liés à la guerre de Succession d’Espagne et à la prise d’Aire-sur-la-Lys en 1710 par les Impériaux.

Le traité d’Utrecht amène la paix pour plus d’un siècle et le XVIIIe siècle, à Racquinghem comme ailleurs, est frappé d’une sceau d’une certaine prospérité. L’administration se développe, sous le règne des intendants d’Amiens, puis de Lille. Après 1750, on creuse le canal de Neufossé, on aménage la route royale de Saint-Omer à Aire, la population croît.

Le cadre seigneurial

La seigneurie est l’un des cadres essentiels de l’Ancien Régime. Elle est tout d’abord une manière de tenir la terre : le fief, libre de toutes charges, à l’exception du relief, s’oppose aux terres cottières. Ces terres dépendent d’ailleurs d’une seigneurie foncière. Ensuite, la seigneurie est une forme de pouvoir sur les hommes : les seigneurs appelés vicomtiers peuvent rendre la basse justice sur leurs tenants. Enfin, la seigneurie donne droit à certains honneurs.

Fiefs et seigneuries s’articulent dans le cadre d’une vaste pyramide, patiemment élaborée au Moyen-Age et qui a cours encore sous les siècles d’Ancien Régime. Au sommet figure le prince ou le Roi. La situation féodo-seigneuriale, telle qu’elle apparaît à Racquinghem entre le XVIe et le XVIIIe siècle est des plus complexe. Elle se décline au pluriel et il n’est pas toujours aisé de retrouver les fils de la structure féodale.

Quelques seigneuries qui disposent de la justice vicomtière se distinguent, telle la Cressonnière (Maes, Watelle, Beauffort) telle Coubronne-Heuchin (Coubronne, Bachelers). De la seigneurie de La Pierre (Ocoche, Héricourt, Bachelers) dépendent de nombreux hommages (La Motte, Croix-Estracelles [Croix, Dourlen], Morianne, etc..) D’autres fiefs existent : La Becque Zeldon [Wissocq, Haffreingues, Herren], la Clittre, la Couture, [Maes, Wastel, le Vasseur de Bambecques], Beaumont- Istelin [Widebien] etc qu’il est difficile de rattacher, pour l’instant, à quoi que ce soit. Les dîmes qui restent aux laïcs sont tenues en fiefs.

Il existe aussi des seigneurs de Racquinghem : les sires de Lescore revendiquent ce titre depuis le XVe siècle, mais ils sont contestés par les Bachelers au XVIIe siècle, au profit desquels s’opère un regroupement seigneurial majeur, patiente construction faite de rachats et d’héritages. Au début du XVIIIe siècle, ils sont les seigneurs de Racquinghem, titre qu’ils lèguent aux de la Forge, leurs héritiers.

A noter que les seigneurs vicomtiers disposent de demeures particulières, telles les châteaux de la Cressonnière et de Coubronne, sans doute rebâtis pendant la période. Les Le Vasseur de Bambecque construisent une maison de campagne au Choquel.

La vie religieuse

La vie religieuse s’exerce essentiellement à travers la paroisse, cadre essentiel dans la vie des populations de l’Ancien Régime. La paroisse de Racquinghem dépend toujours du doyenné d’Arques, mais après la chute de Thérouanne et la partition de 1559 est rattaché au diocèse de Saint-Omer. C’est d’ailleurs l’évêque qui présente à la cure.

Le paysage religieux s’articule essentiellement autour de l’église, probablement reconstruite au XVIe siècle, après les destructions liées aux guerres de Charles-Quint. Elle nécessita toujours des aménagements, comme la reconstruction d’un clocher en 1765. En dehors de l’église, on ne sait rien de l’existence de chapelles – à part celle de Notre-Dame de la Consolation, fondée vers 1750 – et de calvaires. Il y en eut certainement.

Le curé est le chef de la paroisse et la fonction a été illustrée par un Henri Vynck, dans la première moitié du XVIe siècle. D’ailleurs à partir de cette date, nous possédons la liste complète des prêtres qui se sont succédé dans la paroisse. La fonction, à Racquinghem, n’est pas sans avantage. Le curé jouit d’une partie intéressante de la dîme, ce qui ne l’empêche pas de revendiquer de temps à autre des suppléments de revenus auprès des décimateurs du lieu. Le curé est secondé dans ses tâches par un vicaire.

Le fonctionnement matériel de l’église est assuré par une fabrique dotée de terres, de près et de rentes constituées. La table des pauvres vient au secours des familles les plus défavorisées. La paroisse assure bien sûr les services religieux, mais aussi l’état civil et l’enseignement, tâche peut-être dévolue aux vicaires. Une moitié de la population (les chefs de famille) savait signer son nom en 1777.

Les sensibilités religieuses de la population racquinghémoise sont peu perceptibles, à cause des lacunes de notre documentation. Les effets de la réforme tridentine se sont quand même fait sentir, à travers la création de confréries visant à aviver la foi (le Vénérable lié au Saint-Sacrement). La foi profonde des habitants (de tous ? ), liée à l’exigence du salut, conduit certains d’entre eux à accorder des donations en faveur des pauvres ou aux congrégations religieuses nées de la Contre-Réforme. C’est ainsi que les Conceptionnistes, les Pénitentes, les Urbanistes, les Sœurs grises de Saint-Omer et d’Aire reçoivent en legs des terres pendant cette période.

La société d'ancien régime

Du XVIe au XVIIIe siècle, Racquinghem reste un village modeste, dont la population oscille entre 40 et 80 feux, à peine 400 habitants. La démographie d’ancien régime implique une natalité élevée, une mortalité qui l’est presque autant et ponctuée de crises : celle de 1710 est particulièrement sévère. Par contre, la seconde moitié du XVIIIe siècle est plus propice et la population commence à augmenter : la mort recule doucement.

Les Racquinghémois sont surtout des paysans, des paysans dominés qui ne tiennent qu’à peine 20% des terres de leur terroir, en comptant les cent mesures des Bruyères communes. Une noblesse locale, très présente dans ses manoirs et dans ses châteaux, la bourgeoisie urbaine, et dans une moindre mesure quelques établissements religieux possèdent près des trois quarts des terres. Le laboureur du crû est essentiellement un fermier.

Ce sont d’ailleurs les fermiers-laboureurs qui dominent la société paysanne locale, à travers une quinzaine de familles, qui se renouvellent de temps à autre. Ils sont à la tête des plus grosses exploitations, accaparent les fonctions d’officiers seigneuriaux et sont les receveurs de la rente foncière. Leur rôle économique et social est déterminant pour l’ensemble de la communauté.

La classe moyenne racquinghémoise est composé d’une trentaine de familles de petits propriétaires ou de moyens fermiers. S’y rencontrent, en outre, les artisans et les commerçants, au sort plus ou moins favorable, plus ou moins fragile.

Une quarantaine de familles forme la plèbe locale. Il s’agit de micro-propriétaires ou de locataires sans terre. Les petits ménagers, les artisans les plus modestes, la foule des journaliers, voire des domestiques de ferme – population mobile par excellence- , s’y retrouvent . Ils n’ont de cesse que de défendre leurs modestes acquis, parmi lesquelles leurs communaux des Bruyères, dans les années soixante- dix du XVIIIe siècle. La pauvreté est leur lot quotidien, et même la misère quand la crise sévit ou que vient la vieillesse.

Dans cette société hiérarchisée, les positions ne sont pas forcément figées. Si les possibilités de promotion existent, de par l’exercice d’emplois lucratifs et valorisants (les cabaretiers et le meunier des Hulottes) s’inverse se produit tout aussi souvent. Dans les mêmes familles peuvent se côtoyer fermiers huppés et simples manouvriers.

Aspects de l'économie

Racquinghem, pendant l’Ancien régime, reste une commune agricole du Bas-Pays d’Artois, située cependant sur un axe de circulation important. Le grand chemin d’Aire à Saint-Omer a pu jouer le rôle de boulevard militaire lors des conflits, mais il intéresse aussi les flux de commerces et de voyageurs et prend toute son importance, la paix revenue. Au XVIIIe siècle, il est aménagé en route royale, doublé en 1779 par le canal de Neufossé, construit par le Génie militaire. Auberges, tavernes, cabarets sont nombreux qui peuvent faire la fortune de leurs propriétaires, à l’affût des voyageurs, du trafic des pataches, diligences, carabas, chariots, etc.

Quoi qu’il en soit, c’est bien l’agriculture qui reste l’activité majeure, l’activité première qui concerne toute la population, du propriétaire qui en tire l’essentiel de sa rente foncière à l’artisan et au manouvrier besogneux qui exploitent cependant quelques mesures.

L’essentiel du sol est occupé par les labours et par la culture des céréales, tant il est vrai que le pain reste la base de l’alimentation. Le schéma est traditionnel, classique, mais signe d’une certaine modernité, la jachère semble avoir reculé et ne tient plus que le sixième de terre. Au XVIIIe siècle, on essaie même quelques cultures nouvelles comme la pomme de terre.

L’élevage est en position seconde. Il est favorisé par l’existence de pâturages communaux, les Bruyères, âprement défendus par la population en 1777 quand tente de s’imposer, ici comme ailleurs, les idées des physiocrates et de leur partage. Ces pâturages secs ont favorisé les troupeaux de moutons, assez nombreux à la veille de la Révolution, plus nombreux alors que les bêtes à corne.

L’artisanat est ici limité. Il s’agit tout d’abord d’un artisanat de service nécessaire à la population (charpentiers, couvreurs de chaume, maçons, tailleurs) et à l’agriculture (forgerons, maréchaux-ferrants, bourrelier, charron). Le moulin à vent des Hulottes, sis en bordure des Bruyères, représente « l’ entreprise » majeure. L’artisanat textile, initié par les marchands de villes, ne concerne que quelques tisserands et semble avoir disparu à la veille de la Révolution. Le commerce est des plus limité : hors les cabarets, on ne trouve que quelques marchands de bestiaux. Ce sont les marchés proches d’Aire et de Saint-Omer qui jouent le rôle essentiel en la matière..

Un long XIXe siècle

Révolution et l'Empire

1789 ouvre, ici comme ailleurs, une période de vastes turbulences politiques et sociales qui ont touché la population avec des fortunes diverses.

La révolution est tout d’abord politique, avec l’introduction du principe électif. Le Racquinghémois vit dès 1790 dans des cadres administratifs nouveaux, où s’impose surtout, à son modeste niveau, la commune, dont les membres sont élus. Les élections consolident le pouvoir des notables locaux, des fermiers, des laboureurs, des artisans et rares sont les modestes qui viennent s’insérer dans la direction des affaires communales, même au temps de la Terreur et du paroxysme révolutionnaire.

Dès 1791, se pose pour la population la question religieuse, attisée ici par la position des prêtres en fonction qui refusent la Constitution civile du clergé, ce qui complique la situation locale, sans provoquer cependant de troubles excessifs. Le constitutionnel Clément qui défroque en 1793 n’a pas eu, en apparence, la vie difficile. Sous le Directoire, le culte reprend, avec le concours de curés missionnaires, avec plus ou moins de difficultés, suivant les aléas politiques.

La Révolution a ses quelques gagnants, les notables ruraux qui maintiennent leur position sociale et politique, quelques rares acquéreurs de biens nationaux, biens d’église essentiellement, car les nobles du crû n’émigrent que très peu. Elle a aussi ses victimes, en particulier, la veuve du dernier seigneur de Racquinghem, guillotinée au temps de la Terreur.

Le Consulat et l’Empire sont une période de pacification des esprits. Le concordat de 1801 rétablit une vie religieuse normale. L’administration se renforce, autour du principe d’autorité qui imprègne alors toute la société. Les maires et les conseillers municipaux sont nommés par le Préfet, leur action est dûment contrôlée. Le pouvoir local reste aux notables confirmés par la Révolution ; le retour de la noblesse est un fait à la fin de l’Empire quand Henri Menche, gendre du dernier seigneur de Racquinghem est nommé maire en 1813.

La Révolution et l’Empire sont marqués du poids des guerres incessantes. Racquinghem, dès 1792, a ses volontaires, les « bonnets rouges », a-ton dit. Les levées en masse, la conscription à partir de 1798, fournissent aux armées qui combattent sur tous les champs de bataille d’Europe leurs contingents d’hommes jeunes, assez réduits, il est vrai (six militaires en 1806). Certains ont pu s’illustrer, d’autres ont trouvé la mort.

La paroisse de 1803 à 1914

Après les événements révolutionnaires, le Concordat de 1801 permet la restauration de la paroisse et la reconstruction potentielle d’une chrétienté, vaste question qui va traverser tout le XIXe siècle.

Jusqu’en 1914, la paroisse de Racquinghem, qui s’inscrit dans le doyenné d’Aire, est servie par sept prêtres, aux capacités et aux qualités diverses, mais qui furent dans l’ensemble de bons pasteurs. Jusqu’en 1900, leurs ministères furent assez longs.

La reconstruction de la paroisse fut l’œuvre du premier pasteur, l’abbé Degraeve, qui tenta de pourvoir aux besoins matériels de son église. L’administration restaura de même la fabrique paroissiale qui put récupérer quelques biens, échappés aux biens nationaux.

Leur souci constant fut d’abord de reconstruire le paysage religieux. Le gros problème restait l’église, vétuste, qui avait subi les outrages du temps et qui se révélait assez peu fonctionnelle. Son entretien nécessitait de très nombreux travaux, mais c’est l’abbé Bavière qui en fut le véritable restaurateur. Cette église fut dotée de statues , de mobiliers, de vitraux neufs, mais retrouva partie de quelques-uns de ses éléments anciens. De même, dans les villages et dans le cimetière, on érigea quelques calvaires, on construisit une nouvelle chapelle, cela sous le Second Empire, temps de triomphalisme catholique.. Ajoutons à cela le presbytère, rénové sous la Monarchie de Juillet.

Reconstruire une chrétienté, sous le signe de l’Église, fut une autre affaire. Il fallait imprégner les esprits et les âmes. Le siècle y mettait quelque obstacle. Les prêtres s’évertuèrent cependant , en suscitant des missions (1860), en tentant de contrôler l’école, en portant leurs efforts vers la jeunesse (patronage en 1909, Action catholique chez les jeunes après 1911). De nouvelles sensibilités religieuses se font jour (culte marial par le biais de Notre-Dame de Lourdes).

On sent cependant des signes de résistance. Les municipalités rechignent parfois à l’effort financier envers l’église et le presbytère ; sous le second Empire, le curé se plaint de la concurrence faite par les cabarets. L’anticléricalisme ou plutôt une certaine forme d’indifférence touche, semble-t-il, une partie de la population, sans que celle-ci fasse preuve d’hostilité envers la religion. Tous sont en effet des catholiques qui ont reçu les sacrements essentiels, mais la pratique s’affadit et s’affaiblit. Les inventaires en 1906 ne provoquent guère de résistance, mais il est tout à fait significatif que le maire Van Zeller d’Osthove ne souhaite pas de manifestation extérieure lors de l’installation d’un nouveau curé en 1911 : les temps avaient changé.

École et culture

L’univers culturel des Racquinghémois, au sens large du terme, se transforme profondément au XIXe siècle. Certains pans de la culture populaire se maintiennent, tout d’abord dans l’usage du patois picard, restée une réalité vivante, mais le français s’installe, véhiculé qu’il se trouve par l’administration, la presse qui se développe après 1870 , le service militaire, et surtout l’école.

Car le XIXe siècle est en effet celui de l’école. L’institution s’est considérablement développée : elle préoccupe les notables et un enjeu de politique. Le système scolaire échappe de plus en plus à l’emprise de l’église : il se sécularise, se laïcise sous l’autorité bienveillante du département et de l’Etat. La sollicitude des municipalités lui est acquise, car il s’agit de répondre à une forte demande sociale. Sous la Monarchie de Juillet, une école est construite. Elle accueille garçons et filles, mais en 1860, une institutrice libre crée une classe de fille, jusqu’au moment de sa laïcisation.

L’instruction primaire est servie par des maîtres dévoués – des clercs qui deviennent avec le siècle et la considération instituteurs – et dès le Second Empire, l’analphabétisme est vaincu, du moins chez les garçons. Le niveau scolaire de la population ne fera, par la suite, que s’améliorer.

De la culture participe aussi la sociabilité. Les cabarets et estaminets, dont le nombre croît, en sont les lieux privilégiés. Il en est un autre comme la vie associative, mais celle-ci paraît se limiter, autant que nous puissions en connaître, à la seule société de sapeurs-pompiers, utilitaire dans son principe, mais qui se montre capable d’animer le village par ses fêtes et ses manifestations.

Culture de masse que tout cela, bien différente de la culture de l’élite de laquelle relèvent les notables châtelains, formés dans des institutions privées ou tout simplement par des précepteurs. Citons le rôle de Gabriel Beugny d'Haguerue, natif de Racquinghem, qui s’illustre dans la littérature, mais qui développe son talent sous des cieux autres que ceux de son village natal.

Guerres et crises (1914-1945)

La guerre 1914-1918

La mobilisation du 2 août 1914 touche la plupart des hommes jeunes du village qui s’en vont rejoindre le front et s’engagent ainsi pour une guerre qui va durer cinquante-deux mois. Après la bataille de la Marne, le front se rapproche, - Racquinghem craint les éclaireurs Uhlans en septembre - se fixe sur l’Artois, en Flandre intérieure, sur l’Yser. La commune se trouve ainsi dans la zone des armées, zone dévolue dès l’automne de 1914 aux troupes de l’Empire britannique, dont le quartier général est installé jusqu’en mars 1916 à Saint-Omer. La forte présence britannique crée d’autres contraintes et des difficultés, touchant aux cantonnements, aux dégradations, à certaines formes de délinquance et à la circulation, en général, à l’instauration de camps d’entraînement sur le plateau des Bruyères. Le roulement des troupes est constant et la population prend conscience de la réalité d’un monde très divers quand passent dans la commune des régiments venus de toutes les parties du monde (Inde, Australie, etc).

Les Racquinghémois de l’arrière sont contraints de s’adapter à l’absence prolongée des hommes. Il en résulte d’énormes difficultés pour l’économie en général et l’agriculture en particulier, d’autant plus qu’il faut s’impliquer dans l’effort d’une guerre totale. Les Racquinghémois participent peu ou prou à l’effort de guerre. Les réquisitions, les restrictions s’imposent, mais il n’y pas de véritable rationnement sinon dans les derniers mois. Une esquisse d’économie dirigée se met lentement en place (création de comités d’action agricole en février 1916 dans le but d’assurer le travail de toutes les terres). L’inflation est une réalité nouvelle, d’autant plus que nombreux sont ici, comme ailleurs, les réfugiés qu’il faut accueillir pendant de longues années.

La mobilisation des esprits est constante, mais le moral est touché par la mort guerrière qui frappe régulièrement les enfants de la commune : vingt-sept tués sur tous les champs de bataille de France. L’année 1916, celle de Verdun et de la Somme, se révèle ici la plus meurtrière. Neuf prisonniers, entre autres, ont connu les camps d’Allemagne.

Pas étonnant que le travail de deuil et le devoir de mémoire aient été une lourde préoccupation des années de l’après-guerre. Ils sont pris en compte par l’Eglise (plaque commémorative, offices), par les familles (construction d’oratoires), par la municipalité qui érige le monument au mort sur un lieu central de la commune, mais aussi par le Souvenir français

Économie et société (1914-1945)

L’évolution économique et sociale s’accélère entre les deux guerres. L’événement majeur reste dans les années vingt le progrès de l’industrialisation, par le biais de l’extension de la cartonnerie et de la tuilerie de Wardrecques, dont les installations s’étendent sur le territoire communal vers la gare. Le quartier du Pont-Asquin se peuple par la construction de cités ouvrières (corons des cartonniers et des tuiliers). Les progrès des communications permettent aussi des migrations quotidiennes de travail vers la verrerie d’Arques, en pleine expansion. Il faut compter aussi, dans le domaine de la petite industrie, une brasserie, tandis que la brosserie de Coubronne n’a pu perdurer.

Les conséquences de cette industrialisation sont tout d’abord d’ordre démographique. La population en une trentaine d’année passe de 600 à 800 habitants la commune est devenue attractive. Le rajeunissement des générations permet en outre une reprise de la natalité. Le commerce local en profite qui se développe. L’artisanat résiste moins bien.

Les équilibres sociaux s’en trouvent, en conséquence, bouleversés. La société ouvrière est devenue une composante désormais majoritaire. Les classes moyennes du commerce et surtout de l’artisanat perdent de leur importance et de leur poids numérique, même si la paysannerie résiste. De nouveaux notables, directeurs d’usine, cadres supérieurs, viennent « concurrencer » les descendants des notables du XIXème siècle qui n’en conservent pas moins une surface sociale loin d’être négligeable.

La paysannerie résiste cependant. Son poids numérique a certes diminué, mais dans la « France des coteaux tranquilles » , sa mentalité imprègne de larges couches de la population, même et surtout en direction de la classe ouvrière. C’est dire que son importance sociale et politique reste essentielle.

L’agriculture reste finalement l’activité première de la commune. Le nombre d’exploitations agricoles, diverses par la taille, se maintient (43 en 1911, 40 en 1936). Par contre la baisse de l’emploi agricole touche surtout les journaliers, devant la concurrence de l’usine. La mécanisation est le fait nouveau : c’est le temps des moissonneuses-lieuses et des batteuses. La spécificité « Pays d’Aire » se renforce : elle s’articule autour du blé, de la betterave sucrière, sans que pour autant ne soit négligée la production de lait. Par contre, les ovins disparaissent.

Le changement politique (1919-1939)

L’entre-deux-guerres est une époque de changements politiques. Les évolutions, en cours dès les années d’avant-guerre, se prolongent et s’intensifient, d’autant plus que la montée d’idéologies nouvelles – le communisme, les fascismes – amènent à une recomposition globale dans ce domaine. A Racquinghem, les mutations sociologiques qui accompagnent l’industrialisation changent également la donne traditionnelle.

L’Union sacrée qui avait accompagnée l’épreuve de la Première guerre mondiale éclate, la paix revenue. La vie politique reprend en 1919, dans le cadre d’une société traumatisée par les deuils. Les élections de 1919 se déroulent dans ce climat. La victoire dune Union nationale, aux contours assez flous, à Racquinghem comme en France semble prolonger l’Union sacrée ; le socialisme est alors très minoritaire. Le fait important se déroule aux municipales , où les républicains l’emportent. Louis Jovenin, un brasseur, succède à Modeste Pelet du Planty qui était en place depuis 1912.

Le début des années vingt décante la situation. Dès 1924 – l’année de la victoire du Cartel des Gauches -, les Racquinghémois votent à gauche et le fait nouveau est la montée en puissance de la SFIO, qui fait pratiquement jeu égal avec les conservateurs. Ce succès de la gauche socialiste ne se confirme pas. Le retour du scrutin uninominal, dès les élections de 1928, favorise les notables et profite, à gauche, aux candidats radicaux (Guersy, puis Isoré). La droite libérale maintient de solides positions, mais est devenue minoritaire dans la commune.

Les années trente sont des années de crise, comme on sait. La vie politique s’anime, autour des partis qui se structurent, et la confrontation est parfois de mise. Le Front Populaire l’emporte ici très largement et s’accompagne d’une petite percée du parti communiste, annonciatrice des conquêtes de l’après-guerre. Les corons du Pont d’Asquin commencent à compter dans le jeu politique.

La municipalité est républicaine et modérée. En 1925, Louis Devigne devient maire : il restera vingt ans en place. L’action municipale se doit dans un premier temps de restaurer les structures mises à mal par la guerre (sapeurs-pompiers, etc..). Elle tente aussi de répondre aux besoins sociaux nés de l’accroissement démographique (classe enfantine).

Église, école et culture

La paroisse reste une entité vivante dans le Racquinghem de l’entre-deux-guerres. Deux prêtres se succèdent à sa tête, qui perpétuent l’œuvre de leurs prédécesseurs. Le traumatisme de la guerre a marqué là aussi. Ainsi la célébration des morts occupe une partie de l’année 1919 avec l’apposition d’une plaque dans l’église. Les calvaires sont restaurés, en guise d’action de grâce parce que la commune a évité l’invasion. L’essentiel reste l’action envers les esprits et la jeune. La gestion du patronage exige, à terme, la fondation d’une association d’éducation populaire, chose faite en 1937.

La chrétienté racquinghémoise semble sur la défensive. Elle se plaint de l’anticléricalisme ambiant qui règne dans la commune, question qui mériterait des études plus précises.

L’école est l’autre structure majeure de la vie culturelle. Elle continue sur sa lancée, autour de ses deux établissements. Les grosses préoccupations de l’heure sont l’accueil d’élèves devenus plus nombreux, du fait du développement du quartier ouvrier du Pont d’Asquin et la municipalité s’attache également à créer une classe enfantine.

La vie associative est limitée et peine à reprendre son cours après la guerre. Il est nécessaire de refonder la compagnie de sapeurs-pompiers. Le travail de deuil et de mémoire suscite la création d’une association d’Anciens Combattants, d’autant plus que la section locale du Souvenir français se montre très active dans le secteur d’Aire-sur-la-Lys.

Enfin, il faudrait souligner les progrès de la communication médiatique qui porte une culture de masse généraliste. La presse locale (l'Indépendant, Écho de la Lys, quotidiens du Nord de la France) semble être davantage lue et les articles concernant la commune y paraissent plus nombreux. La grande innovation est probablement l’apparition dans de nombreux foyers de la T.S.F, fait qui peut s’accomplir dans les années trente, du fait de l’électrification de la commune

La Seconde Guerre Mondiale

Début septembre 1939, les hommes jeunes de Racquinghem sont de nouveau mobilisés. Pendant qu’ils s’installent dans la Drôle de Guerre, leur village se trouve dans la zone des armées. Le 10 mai 1940, c’est l’invasion. Le 21 mai, la commune connaît l’exode des belges et est bombardée, provoquant quelques tués. Le coup de faux des Panzerdivisionnen allemandes atteint Racquinghem le 23 mai (8e Pz) qui s’en prennent au Pont d’Asquin, âprement défendu par les Britanniques. Les combats sont rudes et durent quelques jours. Un mois plus tard, la défaite des armées françaises est consommée et c’est l’armistice. Le village déplore sept tués et quarante-quatre prisonniers gagnent les camps d’Allemagne.

Le village s’installe dans une occupation qui va durer et s’avérer très pesante. La présence des troupes allemandes est réelle, tout d’abord dans le second semestre de 1940, dans la perspective de l’invasion de l’Angleterre, puis après 1943 (82 e Corps d’Armée et rampes de lancement).

Elle touche par d’innombrables réquisitions qui concernent les productions agricoles dès la fin de 1940, puis les travailleurs de l’industrie. En 1943, les jeunes sont requis pour le STO : neuf d’entre eux partiront. D’autres seront engagés pour les travaux du mur de l’Atlantique ou pour planter les pieux Rommel (1944).

On peut supposer que l’opinion publique moyenne racquinghémoise suit celle de l’arrondissement de Saint-Omer, faite d’anglophilie nettement marquée et d’espérance en une libération victorieuse. La Résistance ici reste un phénomène très minoritaire et tardif : un groupe WO se forme dans la commune au printemps de 1944.

En 1944, Racquinghem subit trois bombardements, à cause la proximité de la rampe de lancement de Baudringhem, bombardements qui font parfois des victimes. Le territoire est libéré le 5 septembre dans la journée, par deux régiments de la première division blindée polonaise, commandée par le général Maczek. Les Allemands défendent à peine le pont de Hames et le pont d’Asquin. Les Polonais peuvent continuer leur poursuite victorieuse vers la Belgique. Deux FFI tombent cependant dans ces combats.

Un comité local de libération s’installe alors à la mairie, confirmé en février 1945 par le Comité départemental de Libération et le Préfet, en attendant le retour à une vie démocratique normale. Il reste à attendre le retour des prisonniers et des déportés du travail qui s’opère au printemps de 1945.

Depuis 1945

Une commune péri-urbaine

Racquinghem a connu la plus formidable mutation de son histoire. Celle-ci s’est exprimée tout d’abord à travers l’explosion démographique. La stagnation de la population a cessé dans les années soixante, au cœur des « Trente Glorieuses » et en une vingtaine d’années, la population a triplé. Un vigoureux mouvement naturel en est la cause et plus encore une attractivité certaine liée au développement économique de la région proche. Ce phénomène a entraîné une transformation en profondeur du paysage tant au plan de l’habitat que des équipements.

Le développement économique de la région audomaroise, portée essentiellement par la cristallerie d’Arques – et de son annexe, installée à Blaringhem - en est la cause principale. Racquinghem s’inscrit désormais dans la zone péri-urbaine de Saint-Omer. L’emploi en a bénéficié et les actifs racquinghémois sont avant tout des migrants- alternants. Les pôles urbains voisins jouent en rôle essentiel dans la vie locale, d’autant plus que l’effort d’amélioration des communications a été constant : il est vrai que la route nationale a vu se renforcer ses trafics.

Le changement social est indéniable. Le poids des classes salariées – essentiellement des ouvriers – s’est encore renforcé. Les classes moyennes salariées ont pu aussi progresser, profitant de l’accroissement du niveau scolaire global de la population et de la tertiarisation de l’emploi. Les indépendants sont devenus, de ce fait très minoritaires.

La croissance démographique n’a que profité que partiellement à l’emploi local. Racquinghem conserve, en dépit de nombreuses vicissitudes, la tuilerie du Pont d’Asquin. Le petit monde de la boutique a évolué, a dû subir et s’adapter à la concurrence des super- et hypermarchés de la proximité. Une ZAL a été créée à la Belle Croix qui accueille quelques entreprises.

L’agriculture a perduré et c’est normal. Elle a vécu sa révolution silencieuse (mécanisation, modernisation dans le cadre d’une agriculture industrielle, soucieuse de rendement et d’efficacité mais qui s’articule autour de la trilogie céréales – cultures industrielles- production laitière. Ici comme ailleurs, l’emploi agricole s’est effondré.

Si dans son ensemble, le niveau de vie s’est accrû – il n’est que de voir les améliorations concernant l’habitat et les équipements - , il n’en reste pas moins que les problèmes, liés à la conjoncture, demeurent. Le chômage est devenu une réalité prégnante depuis les années soixante-dix et le dynamisme démographique semble s’essouffler dans les années 90.

Les municipalités depuis 1945

Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la vie municipale à Racquinghem comme ailleurs a connu de vastes transformations qui en ont changé la nature. D’une manière générale, les municipalités ont gagné en liberté d’action et la tutelle des autorités supérieures s’est faite moins prégnante.

Jusqu’à la grande mutation racquinghémoise de la fin des années soixante, l’action municipale se poursuit sur le mode traditionnel. Les élections amènent un turn-over des maires, qui n’exclut pas de lourdes confrontations. Le résistant communiste Edilbert Rigault prend le pouvoir à la Libération. Par la suite , des listes, plus ou moins d’union l’emportent généralement. Jacob Quénivet, René Ledoux, Gabriel Tirloir se succèdent à la mairie. Il s’agit alors de réparer les dégâts provoqués par la guerre. L’adduction d’eau est alors une préoccupation majeure.

En 1965, Pierre Deheunynck devient maire ; il règne d’ailleurs sur les destinées de la commune jusqu’en 1989 et le quart de siècle de son majorat accompagne la grande expansion de la commune. L’activité de la municipalité est alors débordante. Elle s’exprime tout d’abord dans une politique hardie de lotissements qui, dans les années soixante-dix, permet la croissance démographique. Les Bruyères s’en trouvent transformées et deviennent le cœur de la commune. Aux lotissements, suivent les équipements : groupe scolaire, terrain de sports, salle polyvalent, cantine et même nouveau cimetière, car si la population accueillie est généralement jeune, il faut quand même prévoir l’avenir.

La même époque voit également se mettre en place les premiers dispositifs d’intercommunalité. En 1971, Racquinghem est intégré dans le district d’Aire qui rassemble, autour du chef-lieu de canton, cinq communes et qui permet d’aider les réalisations municipales. La loi de décentralisation de 1982 est fondamentale, dans la mesure où elle accroît la liberté d’action.

En 1989, Gérald Verroust, socialiste, succède à Pierre Deheunynck, à la tête d’une liste d’union, dans laquelle les couches nouvelles de la population sont de mieux en mieux intégrées. Sa politique prolonge celle de son prédécesseur, en se montrant plus soucieuse de la qualité de vie et de l’environnement, préoccupation devenue plus prégnante au détour des années quatre-vingt-dix. Un Plan d’Occupation des Sols est élaboré pour mieux cadrer l’urbanisation future. Les services à la population se développent (bureau de poste, bibliothèque, etc..). L’aménagement de l’espace devient une réalité (rond-point de la Belle Croix, berges du Neufossé, voirie), sans négliger la dimension économique (ZAL).

En 2004, Gérald Verroust devient retraité et cède son fauteuil majoral à Bernard Idzik.

Mutations culturelles

Le dernier demi-siècle a connu de vastes mutations culturelles, auxquelles n’a pas échappé Racquinghem. L’accroissement du niveau de vie, la montée en puissance du temps libre, le progrès de la communication et des médias, a modifié les genres de vie et les pratiques culturelles de la population, dans une mesure qui reste encore à étudier.

La chrétienté, tout d’abord, survit dans une commune où la plupart des habitants se conforment aux rites de la religion, non sans transformations importantes. L’essentiel fut le concile de Vatican II et l’aggiornamento auquel a été soumise l’église. Racquinghem, au delà des modifications intervenues dans l’organisation diocésaine, est resté une paroisse, servie, à temps continu, par un prêtre. Si la plupart des habitants en restent en une pratique occasionnelle et festive, les structures chrétiennes ont perduré, à travers ses associations et ses manifestations particulières.

L’école reste l’institution culturelle majeure et elle a pris de plus en plus d’importance avec l’allongement de la durée des études et les changements structurels qui y sont liés, changements intervenus à compter des années soixante. Au plan matériel, il a fallu répondre au baby-boom de l’après-guerre, prolongé par la croissance démographique des années soixante-dix. Le groupe scolaire des Bruyères, qui accueille primaires et maternelles dans des locaux construits en 1970, en est le témoignage.

Mais l’important réside sans doute dans l’émergence de l’enseignement secondaire, devenu obligatoire pour la plupart. Les établissements scolaires d’Aire-sur-la-Lys, de Saint-Omer accueillent la population scolaire racquinghémoise et de plus en plus nombreux. Ils sont le palier nécessaire avant des études supérieures, de plus en plus courues, encore que notre recherche doit beaucoup progresser sur ce plan.

Le développement associatif est une donnée majeure de la vie culturelle. Il est favorisé par les équipements mis en place par les municipalités successives (complexe sportif, salle polyvalente, bibliothèque) et le nombre des associations a considérablement augmenté, accompagnant d’ailleurs la croissance démographique. Ces associations touchent tous les domaines de la vie des Racquinghémois. Le sport local y a beaucoup gagné, à travers une relative diversité et qui dépasse largement le seul football. Il résulte de tout cela que l’année ludique et culturelle – au sens large du terme - est particulièrement bien remplie. Nombreuses et diverses sont les animations proposées à la population.

Une commune ancrée à gauche

Depuis la guerre, la confrontation classique entre gauche et droite rythme la vie politique racquinghémoise, selon des modalités et des rapports de force variables. Dans l’ensemble, c’est la gauche qui l’emporte dans la plupart des scrutins, ce qui s’inscrit dans la continuité de l’avant guerre : la composition sociologique de la population en constitue l’explication majeure.

Le rapport gauche-droite a cependant été évolutif. Sous la Quatrième république, la droite, dominée tout d’abord par le MRP (démocratie chrétienne), mais où les forces plus traditionnelles reviennent rapidement (Indépendants), résiste bien à une gauche dominée largement par le parti communiste. Les socialistes progressent rapidement, notamment aux élections de 1956. La droite se renforce au début de la Cinquième république, sous l’égide de l’UNR, parti gaulliste. Le nouveau régime est en effet accepté par la majorité des électeurs.

Dès le milieu des années soixante, c’est une gauche qui devient majoritairement socialiste qui progresse, dans un mouvement ascendant qui culmine en 1981. L’opinion racquinghémoise se montre sensible à la conjoncture nationale, d’autant plus que l’expansion démographique de la commune, par l’arrivée de nombreux salariés, renforce ce courant d’opinion.

La gauche reste dominante sous la république mitterrandienne, mais moins fortement et de scrutin en scrutin, ses positions semblent s’affaiblir. Il faut chercher une explication dans l’effacement progressif du vote communiste, ici comme ailleurs, qui semble disparaître du jeu politique local au début du XXIe siècle. Les Racquinghémois, comme les Français dans leur ensemble, se montrent tout autant sensibles à une offre politique plus ouverte et la montée des extrêmes apparaît comme l’innovation des années quatre-vingt-dix. Elle profite autant à l’extrême gauche qu’au Front national. L’arrivée de candidats inclassables dans le champ politique classique (CPNT, etc) complique encore la situation. Enfin, l’électorat suit la conjoncture nationale. En témoignent les scrutins législatifs de 1986 et de 1993, et dans une moindre mesure celui de 2002, où les forces de droite réalisent localement de petites percées, favorisées il est vrai par l’augmentation de l’abstention.

A noter que le pouvoir municipal a longtemps échappé à la gauche et qu’il faut attendre 1989 pour qu’un maire socialiste dirige la commune. Vote local et vote national ne se confondent pas toujours , constatation confirmée lors des élections cantonales où l’indépendant Bécuwe peut réunir la majorité des suffrages des Racquinghémois même au plus fort de la vague socialiste des années 1976-1982.

Evènements marquants

  • La commune fut le point de rassemblement des 2 000 pigeons lâchés de Bourges dans le cadre du concours de colombophilie du 14 juillet 2000 (voir Méridienne Verte).

Patrimoine

Habitat

Mottes castrales, châteaux, manoirs, maisons, ...

Patrimoine religieux

Églises, presbytère, chapelles, niches, calvaires, oratoires, ...

Patrimoine éducatif

  • École maternelle publique
  • École primaire publique

Patrimoine économique

  • TTuilerie mécanique de Wardrecques, puis Comptoir Tuilier du Nord, puis Tuilerie Huguenot Fenal

Patrimoine ethnographique

Coutumes et traditions : pratiques locales, costumes, musique, sports, gastronomie, folklore, fêtes traditionnelles, ...

Patrimoine commémoratif

Économie

Données actuelles

Infrastructures et équipements

Collectivités publiques et services : écoles, postes, piscines, bibliothèques, centres sportifs, ...

Vie quotidienne

Associations d'hier et d'aujourd'hui

Des hommes et des femmes

Démographie

Évolution démographique (Sources : Cassini[1] et INSEE[2])
1793 1800 1806 1821 1831 1836 1841 1846 1851 1856
422 418 512 528 552 566 606 611 545 504
1861 1866 1872 1876 1881 1886 1891 1896 1901 1906
514 597 611 655 683 653 618 617 624 566
1911 1921 1926 1931 1936 1946 1954 1962 1968 1975
574 655 832 834 815 814 817 919 976 1 219
1982 1990 1999 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012
1 816 2 368 2 334 2 167
De 1962 à 1999 : Population sans doubles comptes. Depuis 2006 : Population municipale.


Élections municipales

Les maires

Liste des maires successifs
Période Identité Étiquette Qualité
2004 en cours Bernard Idzik PS Enseignant
1989 2004 Gérald Verroust PS Enseignant
[1971][3]   Pierre Deheunynck   Commerçant
[1959][4]   Gabriel Tirloir    
[1953][5] [1959] René Ledoux    
1944 1947 Édilbert Rigault    
    Louis Devigne Rad. I.  
         
Toutes les données ne sont pas encore connues.

Les adjoints au maire

  • 1953 [6] : Gabriel Tirloir.
  • 1959 [7], 1971 [8] : Henri Déprey.
  • 1983 [9] : Jacques Dubois, Patrice Boury, Jean Blanquart, Bernard Ledoux.

Les enseignants

Les natifs de Racquinghem décorés de la Légion d'Honneur

Galerie photo

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Notes et liens

Bibliographie

  • Henri Leroy, Un village du "bas pays" d'Artois. Racquinghem, Aire-sur-la-Lys : Impr. Mordacq, 1957, 104 pages.

Notes

  1. Population avant le recensement de 1962
  2. INSEE : Population depuis le recensement de 1962
  3. Recueil des actes administratifs de la préfecture du Pas-de-Calais et Bulletin d'informations administratives. Tableau nominatif des maires et adjoints du département du Pas-de-Calais élus en 1971.
  4. Recueil des actes administratifs de la préfecture du Pas-de-Calais. Numéro spécial. Tableau nominatif des maires et adjoints du département du Pas-de-Calais élus en 1959.
  5. Recueil des actes administratifs de la préfecture du Pas-de-Calais. Numéro spécial du 5 août 1953. Tableau nominatif des maires et adjoints du département du Pas-de-Calais élus en 1953.
  6. Recueil des actes administratifs de la préfecture du Pas-de-Calais. Numéro spécial du 5 août 1953. Tableau nominatif des maires et adjoints du département du Pas-de-Calais élus en 1953.
  7. Recueil des actes administratifs de la préfecture du Pas-de-Calais. Numéro spécial. Tableau nominatif des maires et adjoints du département du Pas-de-Calais élus en 1959.
  8. Recueil des actes administratifs de la préfecture du Pas-de-Calais et Bulletin d'informations administratives. Tableau nominatif des maires et adjoints du département du Pas-de-Calais élus en 1971.
  9. Recueil des actes administratifs de la préfecture du Pas-de-Calais de 1983. Tableau nominatif des maires et adjoints élus suite au renouvellement général des conseils municipaux des 6 et 13 mars 1983.